La randonnée en Eubée se pratique souvent sous-estimée, réduite aux chemins côtiers que les vacanciers empruntent entre deux baignades. L’île recèle pourtant un relief montagneux continu, des gorges encaissées et des massifs forestiers qui n’ont rien à envier aux terrains de randonnée du continent grec. Voici les secteurs qui méritent qu’on chausse les chaussures de marche.
Le massif du Dirfys : forêt de hêtres et marche en altitude
Le village de Steni, au pied du massif du Dirfys, sert de point de départ naturel pour explorer ce secteur forestier. Les environs combinent hêtres et sapins sur les versants les plus élevés, ce qui offre une marche ombragée même en plein été, quand la chaleur rend la plupart des sentiers grecs difficiles à parcourir avant dix heures du matin.
Le Dirfys connaît la neige en hiver et des conditions très différentes selon la saison. Prévoir une sortie entre mai et octobre reste le choix le plus sûr pour profiter des vues sur la mer Égée sans se retrouver face à des sentiers enneigés ou boueux. En été, un départ tôt le matin depuis Steni évite la chaleur sur les parties découvertes.
Gorge de Dimosari : descente vers la côte depuis l’intérieur
La gorge de Dimosari représente l’un des itinéraires les plus techniques de l’île dans sa catégorie. L’itinéraire part de Lenosei et descend jusqu’à la plage de Kallianou, à travers des zones boisées et des vasques naturelles alimentées par un ruisseau.
La gorge de Dimosari est plus ombragée que les sentiers de crête, ce qui en fait une option pertinente lors des journées chaudes. La randonnée prend entre quatre et cinq heures selon le rythme. Comme elle ne forme pas une boucle, il faut anticiper le retour : un taxi depuis Kallianou est la solution la plus pratique. Mieux vaut organiser cela avant de partir plutôt que de découvrir à l’arrivée qu’aucun véhicule ne circule.

Mont Ochi et les Drakospita : randonnée avec un site archéologique au sommet
Dans le sud de l’île, le massif de l’Ochi associe marche en altitude et découverte d’un site hors du commun. Au sommet, les Drakospita – littéralement « maisons des dragons » – sont des constructions cyclopéennes dont l’origine et la fonction restent discutées. Elles sont bâties avec des blocs de pierre ajustés sans mortier, visibles au terme d’une montée qui traverse des pentes ouvertes avec des vues sur la mer.
Le départ s’effectue généralement depuis la région de Karystos. Le sentier monte progressivement sur un terrain exposé : chapeau et eau en quantité suffisante sont nécessaires, pas un conseil de précaution générique mais une condition réelle sur ce versant.
Le site archéologique au sommet ajoute une dimension que peu de randonnées en Grèce proposent : on marche vers quelque chose de concret, pas seulement vers un panorama.
Choisir son itinéraire de randonnée en Eubée selon le niveau et la saison
L’île offre des niveaux de difficulté très variés. Quelques éléments concrets pour orienter le choix :
- Niveau débutant à intermédiaire : les environs de Steni proposent des promenades forestières accessibles, sans dénivelé difficile, idéales pour s’acclimater au terrain et à la chaleur avant une sortie plus engagée.
- Niveau intermédiaire : la gorge de Dimosari demande une bonne condition physique et une logistique préparée (retour non inclus dans la boucle), mais reste accessible sans équipement technique.
- Niveau confirmé : l’ascension du mont Ochi jusqu’aux Drakospita implique une exposition au soleil prolongée et un dénivelé conséquent. Le départ matinal depuis Karystos est fortement conseillé.
La saison change radicalement les conditions : le Dirfys peut être enneigé en hiver, les gorges peuvent être difficiles d’accès après de fortes pluies, et les sentiers exposés du sud deviennent éprouvants en août passé dix heures. Le printemps et le début de l’automne restent les fenêtres les plus équilibrées pour parcourir l’ensemble de ces terrains.
Préparer sa randonnée en Eubée : points pratiques sur le terrain
L’île n’est pas équipée comme les grandes destinations de trekking européennes. Les sentiers balisés existent, mais la signalétique reste inégale selon les secteurs. Vérifier l’état des chemins avant de partir – auprès des offices de tourisme locaux ou via des communautés de randonneurs – évite les mauvaises surprises en milieu de parcours.
- Steni est le principal village de départ pour les randonnées sur le Dirfys : hébergements simples disponibles, quelques tavernes pour déjeuner après la marche.
- Karystos, dans le sud, donne accès au massif de l’Ochi et aux Drakospita : c’est une base logistique plus complète pour les sorties dans ce secteur.
- Pour la gorge de Dimosari, prévoir l’organisation du retour depuis Kallianou dès le départ : le taxi reste la solution la plus courante, mais les disponibilités sont limitées.
L’accès depuis Athènes se fait par ferry depuis Rafina ou par la route via le pont de Chalcis. Le nord et le centre de l’île sont facilement accessibles en voiture depuis le continent, ce qui rend l’Eubée praticable sur un séjour court sans nécessiter une organisation complexe.
L’Eubée reste l’une des îles grecques les moins fréquentées par les randonneurs internationaux, ce qui se traduit concrètement par des sentiers calmes même en haute saison. Ceux qui s’éloignent des côtes y trouvent un terrain de marche varié, entre forêts denses, gorges et sommets avec des constructions millénaires – sans croiser la foule habituelle des îles plus connues.

